Comprendre ce qui influence le don d’organes

Dr Lee Shepherd (Université de Northumbria, Grande Bretagne), Pr. Ronan E. O’Carroll (Université de Stirling, Grande Bretagne) et Pr. Eamonn Ferguson (Université de Nottingham, Grande Bretagne)

Il existe de nombreuses récits  illustrant comment la transplantation d’organes de personnes décédées   est une planche de salut pour les patients . En effet, chaque donneur d’organes décédé peut changer la vie de neuf personnes. Cependant, il existe trop peu d’organes disponibles pour la transplantation. Cette pénurie entraîne de longues listes d’attente et le décès de personnes en l’absence de transplantation. Par conséquent,  il est essentiel de comprendre quels facteurs influencent la probabilité qu’une personne fasse don de ses organes au moment de son décès .

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« Envie d’une petite promenade ? » – Soutien dyadique au changement de comportement concernant la marche après un accident vasculaire cérébral

Par Stephan Dombrowski, Université du New Brunswick, Canada

Marcher pour éloigner la mort

La marche est l’une des formes les plus élémentaires de mouvement humain et elle est associée à une multitude de bienfaits pour la santé. Il est prouvé que les personnes qui marchent le plus sont moins susceptibles de mourir prématurément, ce qui suggère qu’il est possible d’échapper à la mort (du moins pour un certain temps).

Marche et accident vasculaire cérébral (AVC)

La marche, en tant qu’activité physique, est particulièrement bénéfique pour les personnes ayant subi un AVC, l’une des principales causes d’invalidité chez l’adulte. Une activité physique régulière après un AVC permet de réduire le risque de récidive, de faciliter la récupération et d’améliorer le fonctionnement général, la santé et le bien-être. Néanmoins, les personnes victimes d’un AVC passent environ 75 % de leur temps de veille en position assise, ce qui est plus élevé que ce qu’on observe chez des personnes du même âge. 

Pourtant, la marche est l’une des formes d’activité physique les plus accessibles après un AVC – on estime que 95 % des personnes peuvent marcher 11 semaines après un AVC. De plus, la marche est la forme d’activité physique favorite des personnes ayant subi un AVC, qui la considèrent comme accessible, agréable et souvent socialisante. La principale question qui se pose est donc la suivante : comment aider les personnes atteintes d’un AVC à marcher davantage ? (more…)

Thérapie d’acceptation et d’engagement : Une approche prometteuse pour les personnes vivant avec le COVID long

Par Amy Barradell, University Hospitals of Leicester NHS Trust

Si je vous disais “Covid long”, qu’est-ce que cela signifierait pour vous ?

Un sous-ensemble de personnes ayant contracté le coronavirus 2019 (COVID-19) ont continué à présenter des symptômes pendant plus de quatre semaines après leur infection aiguë. Ces personnes font généralement état de symptômes physiques (essoufflement, fatigue) et psychologiques (anxiété, troubles cognitifs). Les personnes qui éprouvent ces symptômes parlent de “COVID à long terme”.

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Mettre en œuvre les techniques de changement de comportement : utiliser les outils disponibles

Par Marta Moreira Marques, Université NOVA de Lisbonne, Portugal

Les techniques de changement de comportement sont les éléments constitutifs des interventions de changement de comportement. Que vous essayiez d’aider quelqu’un à augmenter son activité physique, à arrêter de fumer ou à mieux suivre un régime médicamenteux, les techniques de changement de comportement sont les outils que vous avez à votre disposition. Les techniques courantes de changement de comportement comprennent des éléments tels que la fixation d’objectifs, l’auto-surveillance, la fourniture d’informations sur un comportement et la gestion des émotions.

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Une communication efficace sur les risques ne se limite pas à un changement de comportement : parlons de l’évaluation personnelle des risques

Par Victoria Woof et David French, Centre de psychologie de la santé de Manchester, Université de Manchester, Royaume-Uni

Traditionnellement, en médecine et en psychologie de la santé, les professionnels de la santé fournissent aux patients des informations personnalisées sur les risques de maladie dans le but de prévenir la maladie. Lorsque la communication des risques facilite les changements de comportement en matière de santé, elle peut potentiellement réduire le développement de la maladie et détecter les maladies à des stades traitables. Par exemple, communiquer sur les risques de maladies cardiovasculaires pour promouvoir l’exercice physique et l’amélioration du régime alimentaire afin de réduire ces risques. Cependant, il existe d’autres objectifs et résultats possibles à prendre en compte lors de la diffusion d’informations sur les risques de maladie. En outre, les objectifs des professionnels de la santé et des patients ou des membres du public ne sont pas toujours les mêmes. Plusieurs objectifs connexes de la communication sur les risques ont été identifiés, notamment la facilitation de choix éclairés et la production de réponses affectives appropriées, ainsi que l’incitation au changement de comportement.

Pratiques actuelles de communication des risques et implications

Pour faciliter la compréhension des informations numériques et améliorer la communication sur les risques, diverses approches ont été envisagées, comme l’utilisation de représentations visuelles des risques, par exemple des tableaux d’icônes (icônes représentant le nombre de personnes à risque). Cependant, les bénéficiaires continuent d’éprouver des difficultés à comprendre les chiffres et leurs implications. En particulier, la communication isolée de ce type d’informations sur les risques ne semble pas avoir d’effets importants ou durables sur le changement de comportement. Une explication probable de ce manque d’impact est que la modification des croyances de susceptibilité des bénéficiaires par le biais d’informations numériques sur les risques est une intervention relativement faible, les croyances sur l’auto-efficacité et l’adaptation (c’est-à-dire la mesure dans laquelle un individu pense avoir la capacité de mettre en œuvre un comportement) ayant potentiellement des implications plus positives pour le changement de comportement.

Néanmoins, comme indiqué précédemment, il existe d’autres objectifs à prendre en compte dans la communication des risques. Dans la littérature sur le risque de cancer, il a été constaté que les individus comprennent et sont capables de se souvenir de leurs estimations de risque. Cependant, ces personnes ne croient pas toujours que l’estimation du risque reflète le risque qu’elles perçoivent malgré des explications claires, la majorité d’entre elles surestimant leur risque. Il semblerait donc que les individus aient des perceptions préexistantes de leur risque qui restent inchangées lorsqu’une estimation clinique numérique leur est fournie. Quelle peut en être la cause ?

Communication sur les risques et évaluation personnelle des risques

Les expériences personnelles des maladies familiales, la concordance entre les attentes personnelles et les estimations cliniques, ainsi que les idées personnelles sur les causes, ont toutes un effet sur la manière dont une estimation clinique du risque de cancer du sein, en particulier, est perçue et intériorisée. Bien que fournir une estimation clinique du risque ait peu d’impact sur les résultats émotionnels, les émotions préexistantes (évaluées avant que le risque ne soit communiqué) sont un facteur prédictif important de la manière dont les estimations du risque sont perçues et font l’objet d’une réaction. Si l’on ne tient pas compte de ce type de problèmes, les techniques de communication des risques que nous employons ne permettront ni de prendre des décisions éclairées ni d’évaluer les risques avec précision.

Nous avons récemment mis en évidence, dans une revue systématique d’études qualitatives, que la gravité d’un cancer du sein familial affecte l’engagement des femmes dans des comportements préventifs. Si le cancer du sein n’est pas la priorité principale par rapport à d’autres maladies, l’engagement dans des actions préventives peut être négligé, car d’autres maladies dans la famille sont plus préoccupantes. De même, lorsque les attentes antérieures en matière de risque ne correspondent pas à l’estimation clinique du risque, les femmes peuvent réagir avec doute et choc, la confiance dans l’estimation étant ébranlée. Si l’estimation clinique ne correspond pas à ces opinions et attentes préexistantes, les changements de régime alimentaire ou la prise de médicaments préventifs suggérés risquent de ne pas être suivis d’effet.

Vers une approche plus personnelle de la communication des risques

Les personnes qui reçoivent une estimation personnalisée du risque de maladie ne sont pas des destinataires passifs de ces informations. Au contraire, ces personnes utilisent leur contexte social, leurs préjugés personnels, leurs valeurs et leurs expériences pour donner un sens aux informations relatives à leur risque, qui ne correspondent pas toujours à l’objectif du communicateur ou au risque numérique fourni.

Un dialogue ouvert avec les destinataires d’un risque de maladie est bénéfique, couvrant plus que l’estimation numérique afin que les objectifs et les connaissances convergent. Pour une communication efficace sur les risques, les professionnels de la santé doivent d’abord déterminer les connaissances et la compréhension que les personnes possèdent déjà sur un risque de maladie donné. Ce faisant, les professionnels se donneraient, ainsi qu’au destinataire, l’occasion de discuter d’une compréhension commune et de travailler sur des perceptions erronées afin d’aligner leurs objectifs. En consacrant plus de temps à un retour d’information individualisé et personnalisé, les bénéficiaires pourraient mieux appréhender leur risque, ce qui renforcerait la confiance des deux parties dans une prise de décision éclairée et partagée, et faciliterait une modification durable des comportements en matière de santé.

Recommandations pratiques :

  • Quels sont les objectifs de votre communication sur les risques – avant de fournir un risque de maladie, il est important d’établir d’abord ce que vous essayez d’obtenir, par exemple un changement de comportement, des choix éclairés. Une fois les objectifs établis, les professionnels doivent également tenir compte des objectifs du bénéficiaire et travailler ensemble pour trouver un terrain d’entente.
  • Ouvrez un dialogue avec le bénéficiaire – offrez un espace au bénéficiaire pour qu’il communique ses pensées afin d’évaluer les différentes façons dont il perçoit son risque et s’il possède les connaissances nécessaires pour faire des choix éclairés et le guider dans son choix, quel qu’il soit.
  • Contestez respectueusement les malentendus – travaillez avec le bénéficiaire pour discuter des idées incorrectes et travailler sur les lacunes en matière de connaissances. Cela permettra de poser les bases d’une prise de décision plus éclairée, si tel est l’objectif de la communication.
  • Adaptez votre communication – réfléchissez aux besoins du bénéficiaire et mettez en place des moyens de transférer les connaissances afin d’engager une discussion pertinente. Cela peut se faire en superposant les informations, en fournissant en fournissant des informations brèves ou « essentielles » qui sont ensuite étayées par des documents plus détaillés, si nécessaire.

[Traduit par Alexis Ruffault et Nadine Berndt]

Rester en bonne santé au travail grâce au job crafting

par Janne Kaltiainen et Jari Hakanen, Institut finlandais de la santé au travail, Finlande

Quels sont les aspects de mon travail que je trouve motivants, engageants et les plus bénéfiques pour mon bien-être ? Que puis-je faire pour obtenir davantage de ces éléments dans mon travail ?

Après avoir commencé à se sentir stressée, légèrement ennuyée et “dans une routine” au travail, une infirmière ayant une longue carrière et une solide expertise professionnelle a commencé à se poser ces questions. Les réponses à ces questions l’ont amenée à commencer à encadrer certains de ses jeunes collègues, ce qui l’a aidée à se sentir plus compétente dans son travail et plus proche de ses collègues, et à trouver à nouveau un sens à ses activités quotidiennes. Ce petit changement dans sa façon de travailler a amélioré son bien-être au travail et, surtout, n’a pas nui au fonctionnement général et à l’efficacité de l’hôpital. Au contraire, ses collègues se sont sentis mieux soutenus par ce mentorat et l’atmosphère générale du travail s’est améliorée. (more…)

Construire une collaboration entre la recherche comportementale et la pratique pour améliorer la santé

Par Katherine Brown, Université du Hertfordshire, Royaume-Uni

Le contenu de ce blog est en partie tiré de mes expériences de travail dans un rôle partagé entre une université et un département de santé publique d’un gouvernement local, avec la possibilité d’appliquer mes compétences en recherche, en développement d’interventions et en évaluation dans la pratique.

Que vous commandiez, gériez, conceviez ou fournissiez des services de santé, il y a de fortes chances qu’il y ait au moins un comportement pour lequel vous avez besoin que vos patients ou clients changent pour que le service atteigne ses objectifs avec succès. En effet, quelle que soit la ou les maladies ciblées par votre service, qu’elles soient transmissibles (par exemple, grippe, Covid-19, tuberculose, infections sexuellement transmissibles) ou non transmissibles (par exemple, maladie cardiaque, MPOC, diabète de type 2, obésité), la façon dont les gens se comportent contribue à la charge globale de morbidité. Cela ne veut pas dire que les gens devraient être blâmés pour leur mauvaise santé et considérés comme seuls responsables de leur propre santé et bien-être. Plutôt l’inverse ! L’état de santé d’une personne est aussi la conséquence de déterminants génétiques, biologiques, sociaux et environnementaux. La prise en compte de ces facteurs est essentielle pour l’amélioration et la protection de la santé.

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Perdu (et retrouvé) dans la traduction : Communication efficace avec les patients

 

Par Zuzana Dankulincova, Pavol Jozef Safarik University, Slovakia

Alors que la plupart des chercheurs sont conscients que la diffusion des résultats d’une étude fait partie de leur responsabilité éthique envers les participants à la recherche (et souhaitent que les résultats de leur recherche aient des implications claires et pratiques), le passage de la prise de conscience des preuves à une implémentation généralisée peut prendre beaucoup de temps. Les connaissances scientifiques ne sont pas toujours appliquées à la pratique quotidienne ; lorsqu’elles le sont, ce n’est généralement pas de manière cohérente ou systématique.

Pourquoi cela se produit-il ? Le nombre de recherches, d’interventions et de recommandations à suivre peut être écrasant pour les professionnels de la santé. Lors de l’examen des preuves et des recommandations, réfléchissez à la pertinence des preuves pour votre contexte local. Le contexte décrit dans les recommandations des études de recherche est-il comparable au vôtre ? Disposez-vous de ce dont vous avez besoin pour implémenter les recommandations, ou bien les ressources et les compétences nécessaires vous font-elles défaut ? Vos patients disposent-ils de ce dont ils ont besoin pour mettre en œuvre les recommandations ? Même l’intervention la mieux conçue et la plus prometteuse ne sera pas efficace si elle ne correspond pas à vos patients et à votre environnement. Par exemple, il pourrait être problématique de recommander une intervention de santé en ligne aux personnes qui ne disposent pas de smartphones ou d’ordinateurs, ou qui ont une faible culture numérique.

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​​Créer ou casser : l’importance des pauses dans les soins de santé

Par Julia Allan, Université d’Aberdeen, Écosse

 

La vie moderne est trépidante. Nous vivons dans un monde numérique de plus en plus « connecté » où les vraies périodes de répit du travail sont rares. De nombreuses personnes travaillent régulièrement pendant de longues périodes et c’est particulièrement le cas des professionnels de la santé travaillant dans les services de santé de premier recours. Dans le contexte des soins de santé, les heures de travail et les exigences sont généralement élevées, les journées de travail dépassent régulièrement les 8 heures d’une journée de travail « normale » et les exigences du travail peuvent être de nature implacable. Si une série de patients nécessite des soins urgents, les professionnels de la santé sont tenus de les fournir, peu importe à quel point ils ont été occupés ou depuis combien de temps ils travaillent. En raison de ces exigences élevées, les pauses manquées sont extrêmement courantes dans les établissements de santé – par exemple, il est rapporté qu’une infirmière sur dix ne prend jamais de pause appropriée et une sur trois prend rarement ou jamais des pauses repas pendant les quarts de travail.

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Lier l’éléphant au cavalier : le rôle de la motivation

Par António Labisa Palmeira, CIDEFES – Universidade Lusófona, Portugal; Directeur exécutif de l’ISBNPA

La motivation à long terme pour les comportements liés à la santé peut provenir de différentes sources. Les chercheurs en science du comportement essaient toujours de comprendre comment ces sources convergent. Par exemple, je cours presque tous les jours et je le fais depuis plus de 30 ans. Comment et pourquoi ai-je maintenu cette habitude ?

Daniel Kahnemann suggérerait que des systèmes de motivation doubles sont en jeu : un système 1 de l’ordre de l’instinct et des émotions, et un système 2 qui est délibératif et conscient. Il pourrait argumenter que le système 2 m’incite à courir parce que je suis conscient des bienfaits de l’exercice pour la santé. D’un autre côté, Ed Deci pourrait suggérer que je suis intrinsèquement motivé à courir et à le faire parce que cela correspond à mes valeurs et à moi-même et parce que j’aime ça.

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